Pascale Naessens - Keramiek

À propos de céramique et de Sabiha Ayari

Love it!

Sabiha Ayari devait avoir une quarantaine d’années. Elle était célibataire et n’avait pas d’enfant. Une grande anomalie dans un pays arabe. C’était cependant une des rares femmes indépendantes et heureuses que j’aie rencontrées en Tunisie. Cela s’est passé au cours de notre voyage à la voile en Méditerranée, où nous avons produit une trentaine d’épisodes d’une série documentaire sous le titre “Jambers Odyssee”. Sabiha habitait à Sejnane, une petite ville de potiers pas loin de Bizerte. Elle faisait de magnifiques objets utilitaires, mais aussi de petites sculptures en céramique. Elle avait même acquis une certaine réputation d’artiste artisane. Elle vendait ses œuvres dans une boutique au bord de la route et n’avait besoin de rien ni de personne. Elle gagnait son propre argent et était appréciée de tout le monde. De temps à autre, elle était même invitée par les autorités tunisiennes à exposer son travail lors d’événements internationaux.

Ce qui avait surtout frappé mon imagination, c’est que cette femme, avec le peu de moyens dont elle disposait, l’éducation restreinte dont elle avait bénéficié et qui, en outre, habitait un pays où il n’est pas simple de faire sa propre vie pour une femme, avait réussi à être indépendante. Sa créativité, son sens artistique et son acharnement étaient ses seuls atouts. Elle n’avait pas besoin d’un homme pour être quelqu’un, elle pouvait travailler seule et voyager à l’étranger. Sa céramique était sa liberté.

De retour en Belgique, je me suis mise en quête de quelqu’un qui pourrait tout m’apprendre à propos de la céramique. C’est ainsi que je suis arrivée chez Bie Van Gucht. Elle a son atelier dans une splendide chapelle du quinzième siècle à Rumst. J’ai tout de suite été passionnée par l’argile. Je trouvais fantastique de travailler avec les éléments naturels, la terre, l’eau et le feu. Mais j’en ai aussi souvent bavé. Transformer de ses propres mains sur le tour cette promesse informe de l’argile en forme impeccable demande de la force, une connaissance de la matière, de la créativité, du talent et surtout beaucoup d’opiniâtreté pour s’exercer et s’exercer encore et recommencer après chaque échec. Heureusement, Bie a été toujours là pour m’aider à poursuivre. J’aime toujours autant me rendre dans son atelier pour y rencontrer des hommes et des femmes de tous les âges et de tous les milieux qui partagent “l’amour de l’argile”. Ce sont pour moi des moments de pure détente qui, je l’espère, seront encore nombreux.

J’ai maintenant quelques années de céramiste dans  les mains et possède mon propre tour de potier. Mon bonheur a été à son comble l’année dernière, quand mes amis m’ont fait la surprise de m’offrir un four à céramique pour mon anniversaire. Paul était l’instigateur de cette initiative. Si quelqu’un me cherche à la maison, il me trouvera dans mon atelier ou dans ma cuisine.

'Ce qui avait surtout frappé mon imagination, c’est que cette femme, avec le peu de moyens dont elle disposait, l’éducation restreinte dont elle avait bénéficié et qui, en outre, habitait un pays où il n’est pas simple de faire sa propre vie pour une femme, avait réussi à être indépendante.''

Portret Sabiha Ayari
Pascale Naessens - Keramiek